10 maart 2019

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En Guinée-Bissau, des législatives pour sortir de la crise

Par Arnaud Jouve Publié le 09-03-2019 Modifié le 09-03-2019 à 06:33

Les élections législatives prévues dimanche 10 mars doivent permettre à la Guinée-Bissau de tourner la page d’un passé agité. Ce scrutin, qui devrait être suivi d'une élection présidentielle et d’une normalisation des institutions, pourrait ouvrir la voie à une levée des sanctions internationales imposées au pays depuis le dernier coup d’Etat militaire, en 2012. Des législatives aussi pour sortir de la crise politico-militaire qui perdure depuis l’éviction du premier ministre Domingos Simoes Pereira par le président José Mario Vas en août 2015.

Situé entre le Sénégal et la Guinée, la Guinée-Bissau est une ancienne colonie portugaise qui a accédé à l’indépendance à la suite d’une longue guerre de libération. En 1956, Amilcar Cabral et Rafael Barbosa fondent clandestinement le Parti africain pour l’indépendance de la Guinée et du Cap-Vert (PAIGC). En 1961, ce mouvement engage une lutte armée contre les Portugais jusqu'à contrôler la majeure partie du pays en 1968. Amilcar Cabral, surnommé le « Che » africain (en référence au « Che Guevara » à Cuba) est assassiné à Conakry (Guinée) en 1973. La même année, le 24 septembre 1973, le PAIGC déclare l’indépendance de la Guinée-Bissau, qui est reconnue par les Nations unies. Le 10 septembre 1974, le Portugal, après la révolution des Œillets et la chute de la dictature de Marcelo Caetano, reconnaîtra officiellement l’indépendance de la Guinée-Bissau.

Coups d’Etat, assassinats et tentatives démocratiques

A la proclamation de l’indépendance, Luis Cabral, le demi-frère d’Amilcar Cabral, devient le premier président du jeune Etat. Mais en 1980, il est renversé par un coup d’Etat mené par le Premier ministre Joao Bernardo Vieira qui dirige un gouvernement provisoire de 1980 à 1984 à l’issue duquel il est reconduit par l’Assemblée nationale à parti unique. Il cumule ainsi les fonctions de chef de l’Etat, chef du gouvernement et commandant des forces armées. Après de multiples tentatives de coup d’Etat et l’exécution de son vice-président pour trahison, il se fait réélire à l’occasion des premières élections présidentielle et législatives multipartites organisées dans le pays en 1994. A l’issue de son mandat en 1998, il refuse d’organiser de nouvelles élections. Une junte militaire menée par le général Ansoumane s’oppose au président et engage le pays dans une guerre civile. Après ce rapport de force, la junte renverse le président en mai 1999 et l’oblige à s’exiler.

En février 2000, de nouvelles élections sont organisées et portent au pouvoir le candidat de l’opposition Kumba Lalà. Le pays, dévasté par la guerre, est sinistré économiquement et les institutions démocratiques peinent à fonctionner normalement face au poids de l’armée. Un nouveau coup d’Etat en septembre 2003, mené par le général Verissimo Seabra Correia, renverse Kumba Lalà. L’année suivante, le général est assassiné par des soldats mutins de retour du Liberia. L’ancien président Joao Bernardo Vieira rentre d’exil et se fait réélire le 24 juillet 2005. Quatre ans plus tard, il est assassiné à son tour par des militaires, en représailles à un attentat à la bombe qui avait tué le chef d’état-major des armées.

De nouvelles élections en juillet 2009 portent au pouvoir le candidat du PAIGC, Malam Bacai Sanha, mais celui-ci décède de maladie en janvier 2012. Des élections sur deux tours sont alors de nouveau organisées. A l’issue du premier tour le 11 mars 2012, le Premier ministre sortant Carlos Gomes est en tête face à l’ancien président Kumba Lalà. Mais avant que le second tour ne départage les deux candidats, dans la nuit du 12 avril le général Mamadu Ture Kuruma fait un coup d’Etat, prend le pouvoir et fait emprisonner Carlos Gomes et d’autres responsables politiques. La communauté internationale exige un retour à l’ordre constitutionnel. La junte militaire et les ex-opposants au régime du Premier ministre Carlos Gomes annoncent la dissolution des institutions et la création d’un « Conseil national de transition » avec un président intérimaire, Manuel Serifo Nhamadjo, pour une période de transition de deux ans à l’issue de laquelle seront organisées des élections. Des sanctions internationales sont imposées à la Guinée-Bissau et plus de 500 militaires de l’Ecomog, la force ouest-africaine, sont déployés sur le territoire pour sécuriser le processus de transition politique.

La crise politique de 2015

Effectivement, des élections sont organisées deux ans plus tard et marquent un retour à la légalité constitutionnelle malgré un climat de forte instabilité. José Mario Vaz (du PAIGC) devient le nouveau président de la Guinée-Bissau le 13 avril 2014 et choisit comme Premier ministre Domingo Simoes Pereira, le chef du parti du PAIGC conformément à la Constitution bissau-guinéenne, qui spécifie que le poste de Premier ministre revient au chef du parti vainqueur des législative (le PAIGC).

Pourtant en août 2015, le président limoge son Premier ministre et son gouvernement, dénonçant notamment dans un discours « un manque de transparence dans l’attribution des marchés publics, la corruption, le népotisme, des obstructions à la justice », en référence aux démêlés judiciaires de plusieurs ministres, dont celui des Affaires étrangères, soupçonné d’être impliqué dans une affaire de corruption. Pour d’autres observateurs du PAIGC, « la vraie raison est que le président voudrait piloter l’action gouvernementale mais la Constitution ne lui offre pas cette prérogative ». La Guinée-Bissau s’enfonce dans une grave crise politique.

Après une longue période de vacance gouvernementale, le président nomme en septembre 2015 Carlos Correa, un vétéran du PAIGC, avant de le congédier en mai, fustigeant l’absence de plan gouvernemental. En septembre 2016, la Cédéao et les Nations unies mettent en place les Accords de Conakry pour aider la Guinée-Bissao à sortir de la crise politique qui se pérennise. Plusieurs Premiers ministres se succéderont. Umaro Sissoco Embalo en novembre 2016, Artur Sylva en janvier 2018 et Aristide Gomes avril 2018. Le Conseil de sécurité de l’ONU, en août 2018, note des améliorations de la situation politique mais rappelle que conformément aux Accords de Conakry, des réformes constitutionnelles et électorales restent à réaliser.

Les élections législatives du dimanche 10 mars

Les élections législatives, initialement prévues en novembre 2018, doivent permettre de tourner la page de cette crise qui, depuis 2015, perturbe la vie politique du pays. Un des objectifs principaux : préparer la Guinée-Bissau à l'élection présidentielle qui doit suivre. Ce processus devrait ouvrir la voie à une levée des sanctions onusiennes entre fin 2019 et début 2020. D’ici là, l’ONU entend accompagner des réformes pour doter le pays « d’institutions impartiales, transparentes, responsables et compétentes dans les domaines de la sécurité et de l’Etat de droit ».

Le président José Mario Vaz, de son côté, a nommé un nouveau ministre de l’Intérieur, Edmundo Mendes, un ancien procureur et professeur de droit à l’Université Amilcar Cabral pour faciliter la campagne et le scrutin au lendemain de la répression d’une manifestation d’étudiants. Une nomination consensuelle, réclamée par les partis politiques et la société civile qui craignent des violences, tout comme la communauté internationale. Vingt des 21 partis en lice ont signé le 14 février un « pacte de stabilité » dans lequel ils se sont engagés à recourir aux voies légales en cas de contestation et à éviter les « attaques verbales ou l’utilisation de la force ».

Le scrutin à la proportionnelle à un seul tour doit permettre de renouveler les 102 sièges de l’Assemblée nationale dominée par l’opposition, comprenant principalement 15 députés pour le Mouvement pour l’alternance et la démocratie (Madem), 41 députés pour le Parti pour la rénovation sociale (PRS), 42 députés pour le Parti africain pour l’indépendance de la Guinée et du Cap-Vert (PAIGC) et d'autres petits partis pour le reste des sièges.

Le scrutin de dimanche s'annonce vital pour ramener le pays sur une trajectoire stabilisée au sein de la communauté internationale. 

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14 januari 2019


Security Council Press Statement on Guinea-Bissau

The following Security Council press statement was issued today by Council President Kacou Houadja Léon Adom (Côte d’Ivoire):

The members of the Security Council were briefed on 21 December 2018, on the special report of the Secretary-General on the assessment of the United Nations Integrated Peacebuilding Office in Guinea-Bissau (UNIOGBIS) and the latest political developments in Guinea-Bissau, by Assistant Secretary-General for Political Affairs, Taye-Brook Zerihoun, and Ambassador Mauro Vieira, Permanent Representative of Brazil to the United Nations, in his capacity as Chair of the Guinea-Bissau Configuration of the Peacebuilding Commission.

The members of the Security Council took note with interest of the special report of the Secretary-General on the assessment of UNIOGBIS, as well as the recommendations to reconfigure the United Nations presence in Guinea-Bissau by streamlining UNIOGBIS into a good offices mission focused on the facilitation of the political and contingent upon the successful completion of the electoral cycle.  The members of the Security Council expressed their intention to deliberate on the findings and recommendations in negotiating the next UNIOGBIS resolution in February 2019.

The members of the Security Council expressed their deep concern regarding the status of preparations for legislative elections and regret that the Government of Guinea-Bissau did not hold legislative elections on 18 November 2018.  They stressed that legislative elections are a fundamental step in resuming sustainable and nationally owned reforms and should take place prior to the presidential elections foreseen in 2019.  The members of the Security Council took note of the completion of the voter registration process, as well as the announcement of a new date for legislative elections, to be held on 10 March 2019.

The members of the Security Council reiterated the important role of the Economic Community of West African States (ECOWAS), in supporting peacebuilding and sustaining peace in Guinea-Bissau.  They took note of the ECOWAS assessment of Guinea-Bissau on 12 December and shared the concerns expressed in the final communiqué of the ECOWAS Authority of Heads of State and Government of 23 December which noted difficulties created by some political stakeholders that delayed the voter registration process.  The members of the Security Council commended the ECOWAS for its determination to hold accountable political stakeholders and others who obstruct the smooth conduct of the electoral process.

The members of the Security Council expressed their concern that unless political actors demonstrate renewed good faith and political will to hold genuinely free and fair elections, Guinea-Bissau is set to face a continuous cycle of instability.

The members of the Security Council therefore appealed to all Bissau-Guinean actors to work towards the preservation of the still fragile gains in the path of stability in the country and reaffirmed the importance of holding genuinely free and fair legislative elections in Guinea-Bissau no later than 10 March 2019 and ensuring the full participation of women.  They underscored that all Bissau-Guinean political stakeholders must overcome their differences, reach consensus, and uphold the interests and well-being of their people above all else, and strongly urged all stakeholders to redouble their efforts to ensure the smooth organization of elections, as mandated by the Constitution of Guinea-Bissau.

The members of the Security Council recalled that the implementation of the Conakry Agreement of 14 October 2016, based on the ECOWAS six-point road map, is the primary framework for a peaceful resolution of the political crisis, as it offers an opportunity for national authorities and political leaders, as well as civil society, jointly to ensure political stability and build sustainable peace.  In that respect, the members of the Security Council urged for continued talks and inclusive dialogue for the signing of the Stability Pact.

The members of the Security Council commended Guinea-Bissau defence and security forces for their continued non-interference in the political situation in Guinea-Bissau, and strongly urged them to maintain the same posture.  They also encouraged the continuation of the ECOWAS Mission in Guinea-Bissau (ECOMIB) operations in Guinea-Bissau through the end of the electoral cycle in 2019 to maintain stability in the country and invited international partners to support ECOWAS in this regard.

The members of the Security Council reaffirmed their full respect for the sovereignty and territorial integrity of Guinea-Bissau, in accordance with the United Nations Charter, and welcomed the support of bilateral and multilateral partners, including the United Nations, African Union, ECOWAS, the Community of Portuguese Language Countries, and the European Union.  The members of the Security Council encouraged them to continue to play a constructive role in support of building and sustaining peace in Guinea-Bissau.

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                                                 GUINÉ-BISSAU

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