31 oktober 2015


van www.rfi.fr :


Inde-Afrique: Un partenariat renouvelé

Par Tirthankar Chanda

Fin du troisième sommet Inde-Afrique. Narendra Modi a donné une nouvelle impulsion à ce partenariat qui piétinait depuis quelques années.

Ce troisième sommet Inde-Afrique, qui s’est terminé le 29 octobre, a été un triomphe pour le Premier ministre indien Narendra Modi. Son principal succès est d'avoir su donner une nouvelle impulsion à des relations Inde-Afrique qui piétinaient depuis quelques années, faute de direction et d’implication politique de la part du parti du Congrès au pouvoir jusqu’à 2014 mais plongé jusqu’au cou dans des affaires de corruption.

Narendra Modi a changé le format de cette rencontre au sommet en invitant tous les pays africains sans exception, alors que jusqu’ici l’Inde respectait à la lettre le principe de la Formule de Banjul et n’invitait qu’un nombre limité de pays, suivant en cela les recommandations de l’Union africaine. Ce changement de format en dit long sur l’ampleur de l’ambition africaine de l’Inde. Il en a été d’ailleurs question à la conférence de presse de clôture où le haut fonctionnaire indien chargé des questions africaines a parlé de «changement qualitatif » dans l’engagement africain de l’Inde. Il a parlé aussi de « rencontre historique ».

Le sommet a par ailleurs adopté une Déclaration politique et un document cadre de coopération stratégique. Ces documents disent la philosophie de partenariat mutuellement bénéfique sur laquelle l’Inde souhaite fonder son engagement en Afrique.

La Chine, grande rivale de l'Inde en Afrique

Or philosophie n’empêche pas realpolitik. L’Inde est en compétition avec la Chine et le Japon pour les ressources du continent africain tout comme pour la captation du marché intérieur de l’Afrique pour leurs produits. Or les échanges indiens avec l’Afrique s’élèvent à 70 milliards de dollars contre seulement 3 milliards en 2000. C’est une croissance impressionnante, mais 70 milliards est peu par rapport aux 210 milliards que représente le chiffre d’affaires du commerce sino-africain. Les investissements indiens en Afrique s’élèvent à quelque 50 milliards, alors que les investissements chinois sont loin devant. Les deux pays sont des pays émergeants. Pour le développement de leur industrie, ils ont tous les deux besoins de matières premières.

Pour l’Inde, cet engagement est aussi politique. Ce grand pays de plus d'un milliard d'habitants, qui veut entrer au Conseil de sécurité de l’ONU, a besoin du soutien des africains pour y arriver. Dans les différents discours que Modi et ses ministres ont prononcés devant les délégations africaines, l’injustice de l’architecture stratégique mondiale est revenue de manière systématique. Pour autant, ce n’est pas sûr que lorsque la question va se poser, les pays africains veuillent se mobiliser pour l’Inde, comme on l’a vu en 2006 lorsque les Africains ont voté pour la candidature japonaise pour un siège de membre non-permanent au Conseil de sécurité.  

Prêts et dons

D’où le souci des Indiens d’inscrire leurs relations avec les Africains dans une vision à long terme. Modi était toutefois attendu aux tournants sur les questions de lignes de crédit, d’aide, d’alliances en matière de climat. L’Inde donne aux Africains des prêts aux taux concessionnels qui sont utilisés pour la mise en place des projets réalisés en coopération avec les sociétés indiennes. Le montant cumulé des prêts accordés par l’Inde depuis 2008 s’élève à 7, 4 milliards de dollars.

Le Premier ministre indien a annoncé l’octroi de nouveaux prêts de 10 milliards de dollars sur 5 ans, soit le doublement des crédits par rapport au dernier sommet en 2011. Parallèlement, le montant de dons est tombé de 1,2 milliards à 600 millions de dollars. La partie du discours du Premier ministre indien consacrée au doublement des bourses, qui passent de 25 000 à 50 000 pour les cinq ans à venir, a été particulièrement applaudie. C’est une des conséquences concrètes du sommet qui sera suivie avec intérêt par les étudiants africains. Ceux-ci ont pris l’habitude de venir faire des études supérieures dans les universités indiennes. C’est moins cher qu’en Europe.

Enfin, l’Inde et l’Afrique ont profité de ce sommet pour annoncer leur désir de lutter ensemble contre le réchauffement climatique. Les différentes administrations sont en train de travailler pour pouvoir présenter des positions communes au sommet de Paris, notamment sur la question de la création d’une agence internationale pour la promotion de l’énergie solaire.

Prochaine étape : 2020

Le prochain sommet Inde-Afrique se tiendra en 2020, « pour nous donner le temps d’assimiler toutes les implications de cette nouvelle direction que le Premier ministre vient de donner à notre partenariat », a déclaré à la conférence de presse de clôture le haut fonctionnaire indien Navtej Sarna, chargé des affaires africaines.

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6 september 2015

van www.rfi.fr:

Guinée-Bissau: Obasanjo espère ramener le président Vaz à la raison

Le médiateur de la Cédéao, le Nigérian Olusegun Obasanjo est arrivé ce mardi soir à Bissau, où il a rencontré le président José Mario Vaz, avec pour objectif de trouver une solution à la crise qui oppose le président et son parti, le PAIGC. Depuis le limogeage-surprise du Premier ministre Domingos Pereira par le président bissau-guinéen, la fragile stabilité du pays est menacée. La justice a désavoué le président Vaz, accusé d'outrepasser ses fonctions.

Olusegun Obasanjo n'a pas perdu de temps. A peine descendu de l'avion, mardi après-midi, il s'est rendu à la présidence bissau-guinéenne pour des entretiens avec le président José Mario Vaz. Le médiateur nigérian de la Cédéao avait en poche un plan en quatre points, concocté plus tôt dans la journée à Conakry sous l'égide du président guinéen Alpha Condé, qui s'est totalement investi dans la résolution de la crise.

Ce plan vise à permettre à chacun de sauver la face, tout en créant un climat de confiance jusqu'a la fin de la législature actuelle. Dans le détail, l'ex-Premier ministre et chef du PAIGC, Domingo Pereira, renoncerait à la possibilité de retrouver son fauteuil de Premier ministre, perdu suite à un décret présidentiel en date du 12 août dernier. Un renoncement qui se ferait à condition que le président respecte les textes et accepte sans réserve le nom que proposera le parti.

L'opposition menace de lancer une procédure de destitution

De plus, le président devrait s'engager à laisser le gouvernement accomplir sa tâche. En retour, celui-ci respectera scrupuleusement ses prérogatives. Le but de la manœuvre est d'instaurer la stabilité institutionnelle durant les trois années à venir.

Rien ne dit, cependant, que le président Vaz acceptera de jouer le jeu. Certains opposants en doutent ouvertement. Le chef de file du Parti de la convergence démocratique (PCD), Viktor Mandingo, a même menacé de lancer à son encontre une procédure de destitution à l'Assemblée nationale. 

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10 augustus 2015

 

van www.rfi.fr:

Guinée-Bissau: en pleine crise politique, le président face au peuple

Par RFI

Le chef de l'Etat est rentré ce dimanche 9 août d'une réunion à Dakar avec le président sénégalais Macky Sall et son homologue guinéen Alpha Condé, à propos de la crise politique en Guinée-Bissau. Cette crise résulte de la décision du président José Mario Vaz de dissoudre le gouvernement de Domingos Simoes Pereira. Les deux hommes ne s'entendent pas à propos de la gestion du pays. En Guinée-Bissau, le président de la République peut dissoudre le gouvernement en cas de crise politique profonde et mettre en place un gouvernement de gestion chargé d'organiser des élections législatives dans les 90 jours qui suivent. Le président José Mario Vaz a promis de s'adresser à la nation, probablement ce mardi 11 août, après une rencontre avec le Conseil d'Etat, un organe de consultation rattaché à son cabinet.

On craignait une véritable démonstration de force entre partisans du président José Mario Vaz et ceux proches de son Premier ministre Domingos Simoes Pereira. Il n’en a finalement rien été. Domingos Simoes Pereira avait lancé un appel au calme largement suivi par ses partisans qui, depuis trois jours, battent les dalles devant le palais. « Allez recevoir le président de la République à bras ouverts. Ouvrez-lui les portes du palais. Faites preuve de civisme tout en présentant vos revendications, dans le respect de la loi et des règles démocratiques », a-t-il déclaré.

Au sortir de l’aéroport, le président Vaz, son Premier ministre et le président de l’Assemblée nationale Cipriano Cassamá, la main dans la main, ont fait ensemble une centaine de mètres devant une foule très agitée. Dans une brève déclaration à la presse, le président Vaz a assuré qu’il s’adressera à la nation après une réunion avec le Conseil d’Etat, un organe de consultation rattaché à son cabinet.

« J’étais en pleine réunion du Conseil d’Etat quand mon ami et frère, le président Macky Sall, président en exercice de la Cédéao [Communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest] et le président Alpha Condé m’ont dit qu’ils souhaitaient échanger avec moi des idées à propos de la situation dans la sous-région, spécialement à propos de la Guinée-Bissau. Nous avons eu deux réunions. Je ferai un message à la Nation sous peu de temps à ce sujet. »

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6 februari 2015



van www.freedomhouse.org:

  

Freedom in the World 2015 evaluates the state of freedom in 195 countries and 15 territories during 2014. Each country and territory is assigned two numerical ratings—from 1 to 7—for political rights and civil liberties, with 1 representing the most free and 7 the least free. The two ratings are based on scores assigned to 25 more detailed indicators. The average of a country or territory’s political rights and civil liberties ratings determines whether it is Free, Partly Free, or Not Free. 

The methodology, which is derived from the Universal Declaration of Human Rights, is applied to all countries and territories, irrespective of geographic location, ethnic or religious composition, or level of economic development. Freedom in the World assesses the real-world rights and freedoms enjoyed by individuals, rather than governments or government performance per se. Political rights and civil liberties can be affected by both state and nonstate actors, including insurgents and other armed groups.

 

Discarding Democracy: A Return to the Iron Fist

by Arch Puddington, Vice President for Research

In a year marked by an explosion of terrorist violence, autocrats’ use of more brutal tactics, and Russia’s invasion and annexation of a neighboring country’s territory, the state of freedom in 2014 worsened significantly in nearly every part of the world.

For the ninth consecutive year, Freedom in the World, Freedom House’s annual report on the condition of global political rights and civil liberties, showed an overall decline. Indeed, acceptance of democracy as the world’s dominant form of government—and of an international system built on democratic ideals—is under greater threat than at any point in the last 25 years.

Even after such a long period of mounting pressure on democracy, developments in 2014 were exceptionally grim. The report’s findings show that nearly twice as many countries suffered declines as registered gains, 61 to 33, with the number of gains hitting its lowest point since the nine-year erosion began.

This pattern held true across geographical regions, with more declines than gains in the Middle East and North Africa, Eurasia, sub-Saharan Africa, Europe, and the Americas, and an even split in Asia-Pacific. Syria, a dictatorship mired in civil war and ethnic division and facing uncontrolled terrorism, received the lowest Freedom in the World country score in over a decade.

The lack of democratic gains around the world was conspicuous. The one notable exception was Tunisia, which became the first Arab country to achieve the status of Free since Lebanon was gripped by civil war 40 years ago.

By contrast, a troubling number of large, economically powerful, or regionally influential countries moved backward: Russia, Venezuela, Egypt, Turkey, Thailand, Nigeria, Kenya, and Azerbaijan. Hungary, a European Union member state, also saw a sharp slide in its democratic standards as part of a process that began in 2010.  

Global findings

The number of countries designated by Freedom in the World as Free in 2014 stood at 89, representing 46 percent of the world’s 195 polities and nearly 2.9 billion people—or 40 percent of the global population. The number of Free countries increased by one from the previous year’s report.

The number of countries qualifying as Partly Free stood at 55, or 28 percent of all countries assessed, and they were home to just over 1.7 billion people, or 24 percent of the world’s total. The number of Partly Free countries decreased by four from the previous year.

A total of 51 countries were deemed Not Free, representing 26 percent of the world’s polities. The number of people living under Not Free conditions stood at 2.6 billion people, or 36 percent of the global population, though it is important to note that more than half of this number lives in just one country: China. The number of Not Free countries increased by three from 2013.

The number of electoral democracies stood at 125, three more than in 2013. Five countries achieved electoral democracy status: Fiji, Kosovo, Madagascar, the Maldives, and the Solomon Islands. Two countries, Libya and Thailand, lost their designation as electoral democracies.

Tunisia rose from Partly Free to Free, while Guinea- Bissau improved from Not Free to Partly Free. Four countries fell from Partly Free to Not Free: Burundi, Libya, Thailand, and Uganda.

Sub-Saharan Africa:

Fragile states face challenges from Ebola, Islamist militants

Sub-Saharan Africa again experienced extreme volatility in 2014. News from the continent was dominated by the Ebola outbreak in Guinea, Liberia, and Sierra Leone, and a sharp rise in violence by Islamist militants from Boko Haram in Nigeria and Al-Shabaab in Kenya. However, several other countries, particularly in East Africa, suffered democratic declines during the year, as repressive governments further limited the space for critical views.

In Uganda, a series of recent laws that targeted the opposition, civil society, the LGBT community, and women led to serious rights abuses and increased suppression of dissent. Burundi’s government cracked down further on the already-restricted opposition in advance of 2015 elections, and critics of the authorities in Rwanda faced increased surveillance and harassment online.

Civil conflicts sparked by poor governance continued to rage in South Sudan and Central African Republic in 2014. In South Sudan, the war fueled widespread ethnic violence and displacement, and the rival factions failed to agree on a peace deal that would allow the country to hold elections on schedule in 2015. Although Central African Republic formed a transitional government in January in the wake of a March 2013 coup, attacks by Muslim and Christian militias led to a rise in intercommunal clashes and thousands of civilian deaths, and forced more than 800,000 people to flee their homes.

In Burkina Faso, President Blaise Compaoré was forced to resign amid popular protests over his attempt to change the constitution and extend his 27-year rule in 2015. This led to the dissolution of the government and parliament by the military, which took charge of the country.

Improvements were seen in Madagascar and Guinea- Bissau, which held their first elections during late 2013 and 2014 following coups in previous years. It remained uncertain whether these gains would be consolidated.

 

Notable gains or declines:

Burkina Faso’s political rights rating declined from 5 to 6 as a result of the dissolution of the government and parliament by the military, which took charge of the country after President Blaise Compaoré was forced to resign amid popular protests over his attempt to run for reelection in 2015.

Burundi’s political rights rating declined from 5 to 6, and its status declined from Partly Free to Not Free, due to a coordinated government crackdown on opposition party members and critics, with dozens of arrests and harsh sentences imposed on political activists and human rights defenders.

The Gambia received a downward trend arrow due to an amendment to the criminal code that increased the penalty for “aggravated homosexuality” to life in prison, leading to new arrests of suspected LGBT people and an intensified climate of fear.

Guinea-Bissau’s political rights rating improved from 6 to 5, and its status improved from Not Free to Partly Free, because the 2014 elections—the first since a 2012 coup—were deemed free and fair by international and national observers, and the opposition was able to compete and increase its participation in government.

Lesotho received a downward trend arrow due to a failed military coup in August, which shook the country’s political institutions and left lasting tensions.

Liberia received a downward trend arrow due to the government’s imposition of ill-advised quarantines that restricted freedom of movement and employment in some of the country’s most destitute areas, as well as several new or revived restrictions on freedoms of the press and assembly.

Madagascar’s political rights rating improved from 5 to 4 due to a peaceful transition after recovery from an earlier coup and the seating of a new parliament that included significant opposition representation.

Nigeria’s civil liberties rating declined from 4 to 5 due a sharp deterioration in conditions for residents of areas affected by the Boko Haram insurgency, including mass displacement and a dramatic increase in violence perpetrated by both the militants and security forces.

Rwanda’s civil liberties rating declined from 5 to 6 due to the narrowing space for expression and discussion of views that are critical of the government, particularly on the internet, amid increased suspicions of government surveillance of private communications.

South Sudan’s political rights rating declined from 6 to 7 due to the intensification of the civil war, which derailed the electoral timetable and featured serious human rights abuses by the combatants, including deliberate attacks on rival ethnic groups for political reasons.

Swaziland received a downward trend arrow due to an intensified crackdown on freedom of expression, including the jailing of a journalist and a lawyer for criticizing the country’s chief justice.

Uganda’s civil liberties rating declined from 4 to 5, and its status declined from Partly Free to Not Free, due to increased violations of individual rights and the freedoms of expression, assembly, and association, particularly for opposition supporters, civil society groups, women, and the LGBT community. 

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6 januari 2015

 

van www.rfi.fr:

Le 30 décembre, Yahyah Jammeh a échappé à une énième tentative de coup d’Etat, dont il dément l’existence, parlant d'un assaut de « terroristes soutenus par des puissances » étrangères. Plusieurs dizaines de civils et militaires ont été arrêtés. Depuis 20 ans, cet ancien officier dirige d’une main de fer la Gambie, minuscule pays presque entièrement enclavé au sein du Sénégal, entre répression,mysticisme et excentricité. 

Portrait. 

La déclinaison de l’intégralité de son identité, telle qu’elle figure aussi bien dans l’historiographie officielle que sur les innombrables panneaux d’affichage qui ponctuent le trajet Bakau-Banjul, tiendrait sur plusieurs lignes dans un cahier d’écolier. La litanie « Cheikh Professeur El Hadj Docteur Yahya Abdul-Aziz Jemus Junkung Naasiru Deen Jammeh » sonne, il est vrai, comme autant de palmes académiques et confessionnelles qui renvoient elles-mêmes probablement aux frustrations les plus enfouies d’un homme aux origines et au cursus scolaire modestes. A en croire une biographie non autorisée publiée en 2012, The Gambia – The Untold Dictator Yahya Jammeh’s Story (*), Abdul-Aziz James Junkung Jammeh, le père de l’actuel président gambien, était un lutteur dont la réputation n’a jamais dépassé les contours du village natal, Kanilai, situé à 120 kilomètres au sud-ouest de la capitale, Banjul. Et sa mère, Asombi Bojang, était détaillante. Ancien élève dilettante du lycée de Banjul, le rejeton de la famille dirige sans partage, depuis plus de vingt ans, le plus petit pays d’Afrique, Etats insulaires exceptés.

Un dirigeant pittoresque

A 49 ans, le deuxième plus jeune chef d’Etat d’Afrique de l’Ouest (le benjamin du « syndicat », le Togolais Faure Gnassingbé, n’a « que » 48 ans) est aussi, depuis la récente chute du Burkinabè Blaise Compaoré, le champion - toutes catégories - de la région pour le nombre d’années passées au pouvoir. Ces suivants immédiats (la Libérienne Ellen Johnson-Sirleaf et son homologue togolais) affichent juste une petite décennie aux affaires. Yahya Jammeh est sans doute aussi, à égalité avec le roi Mswati III du Swaziland, le dirigeant le plus pittoresque du continent, certainement celui qui se singularise et excelle le plus dans les propos et comportements insolites, sans que l’on sache avec exactitude si ses foucades et facéties relèvent de la provocation, de l’irresponsabilité ou de la conviction.

En tout cas, depuis plus de deux décennies, il tient fermement la barre, déjouant les putschs, procédant à des purges et limogeages dans les casernes, embastillant ou faisant liquider sans autre forme de procès ses adversaires, parmi lesquels des journalistes, des avocats et des défenseurs des droits de l’homme. A en croire l’un de ses proches sollicité pour les besoins du présent portrait, la devise de l’ancien officier reconverti opportunément dans le civil en 1996 se résume à peu près à la formule suivante : « Si tu me rates, je ne te louperai pas ! » Soit !

Invulnérable aux balles ennemies

L’apparence physique et les multiples attirails dont se pare ce solide gaillard participent de la légende : physique de lutteur, boubou et longue écharpe immaculés, des tonnes de colliers et de médailles autour du cou, un sceptre taillé sur mesure et plusieurs chapelets à la main. Yahya Jammeh fait dans la démesure tout en cultivant le mystère sur sa personne et sa vie privée. Au point de passer aux yeux de nombre de ses compatriotes comme un être doté de pouvoirs surnaturels qui le protègent des intrigues, des révolutions de palais et des balles ennemies. N’a-t-il pas survécu à plusieurs tentatives d’empoisonnement, à une kyrielle de putschs, comme ce fut encore le cas à la fin de décembre 2014 ? Ne prétend-il pas guérir l’asthme, l’épilepsie, voire le sida ? Comme toujours en pareil cas, le roi ne souffre guère ceux qui, même involontairement, se risquent à entamer le mythe.

En décembre 2011, il reçoit ainsi un groupe de journalistes étrangers en son palais, une forteresse inexpugnable située à l’entrée de Banjul. Lorsqu’il apparaît dans la salle d’audience, tout le monde se lève. Au moment où il s’installe dans son fauteuil, son long chapelet tombe de sa main. Peur panique au sein de la garde rapprochée. Témoignage, au téléphone, de l’un des six confrères présents ce jour-là : « Dans un élan commun, deux soldats essaient machinalement de récupérer le précieux objet de dévotion. Chacun tire un bout du chapelet et catastrophe, ce qui devait arriver arriva. Le chapelet présidentiel se rompt et les grains enfilés se répandent par terre. Visiblement furieux, les yeux injectés de sang, Yahya Jammeh se lève et quitte la salle comme s’il venait de subir un affront. Dans son départ précipité, il perd même une de ses babouches, ce qui ajoute au ridicule de la situation. L’audience est annulée ».

Coups de sabre en pleine ronflette

On ignore ce qu’il est advenu des deux gorilles coupables d’avoir brisé en public l’un des totems protecteurs de ce natif de Kanilai, bourgade située à un jet d’eau de la frontière sénégalaise et bombardée, par la seule volonté du plus illustre de ses fils, destination touristique nationale. Avec son propre palais, une imposante arène de lutte, un hôtel de classe, un festival culturel international qui attire, tous les deux ans, une flopée d’Africains-Américains persuadés, pour certains, depuis le succès planétaire du roman (et, surtout, du film) Roots, d’avoir de vagues origines gambiennes. Sans oublier, bien entendu, un parc animalier peuplé d’animaux importés à grands frais d’Afrique orientale et australe. Pour moins qu’un bris de chapelet, d’autres ont été mis aux arrêts ou sévèrement châtiés, y compris, parfois, par le président lui-même. Selon une publication généralement bien informée publiée aux Etats-Unis, Freedom Newspaper, Yahya Jammeh aurait ainsi lui-même asséné plusieurs coups de sabre à un officier surpris en pleine ronflette alors qu’il était chargé de la sécurité de la seule de ses trois épouses ayant le statut officiel de First Lady, la Guinéo-Marocaine Zeinab Suma Jammeh.

Un cow-boy nommé Jammeh

« Il y a en fait plusieurs Yahya Jammeh », raconte au téléphone un familier du couple présidentiel. Comme chez Janus, il y a le « Jammeh qui rit » et le « Jammeh qui tonne ». Le premier est plutôt sympathique, attentionné et chaleureux. Il fait de la moto, écoute de la musique soul, du rap, du reggae, parfois, à la manière d’un adolescent, le casque rivé sur les oreilles. Toujours à l’abri du regard de ses concitoyens, il lui arrive de troquer le traditionnel boubou contre un blue-jean, un t-shirt. Ou, plus étonnant, contre une panoplie du parfait cow-boy, avec chapeaux et bottes western spécialement convoyés des Etats-Unis. Après les repas, il aimait siroter son ataya (thé vert à la menthe) jusqu’à ce qu’il découvre un jour que ses ennemis avaient payé le quidam chargé de préparer le thé pour l’empoisonner…

Confiance en personne

Le « Jammeh qui tonne » a, en revanche, un regard d’acier. Il est implacable. « D’une manière générale, il n’a confiance en personne, même pas à sa propre ombre. Les ministres et les officiers supérieurs restent rarement longtemps en poste », poursuit la source précitée. Ce Jammeh-là est anti-Blancs et anti-Occident, ce qui, à ses yeux, est du pareil au même. Comme nombre de ses pairs africains, il fait une fixation sur les homosexuels, symboles, selon lui, de « la déchéance occidentale », sans oublier les journalistes, assimilés à des « fouille-merde ».

Complexe du lilliputien : il tient en haute suspicion le Sénégal, dont la Gambie est un appendice géographique. Dakar est accusé de façon récurrente de travailler à la destitution de son turbulent voisin. Ce dernier entretient, par ailleurs, des relations exécrables avec son homologue guinéen Alpha Condé qui lui reproche d’offrir trop généreusement le gîte et le couvert à son opposition « radicale ».

En Afrique, seuls quelques rares chefs d’Etat (anciens ou en fonction) trouvent grâce à ses yeux : le Zimbabwéen Robert Mugabe, le Burkinabè Thomas Sankara, l’ancien président ghanéen Jerry Rawlings, l’ex-chef d’Etat ivoirien Laurent Gbagbo. Et le Tchadien Idriss Déby-Itno, chez qui il a fait une brève escale dans la nuit du 30 au 31 décembre dernier en rentrant prématurément d’un séjour privé à Dubaï, peu après l’annonce d’une tentative de prise du pouvoir à Banjul.

Ceux de ses pairs africains qui ne supportent plus ses frasques lui rendent bien la politesse. Grâce au jeu normal des rotations, Yahya Jammeh était censé succéder en mars 2014 à l’Ivoirien Alassane Ouattara comme président en exercice de la Communauté économique des Etats d'Afrique de l'Ouest (Cédéao). Sans hésitation, contre les règles de l’organisation, les autres chefs d’Etat membres lui ont préféré le Ghanéen John Dramani Mahama, jugé plus policé et plus présentable. Yahya Jammeh en a conçu de l’amertume. « On aurait été la risée du monde si on avait porté un homme aussi imprévisible et contestable à la tête de la Cédéao », confie, au téléphone, un ministre des Affaires étrangères d’Afrique de l’Ouest.

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                                                 GUINÉ-BISSAU

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